Alors qu’on vous parlait de tradition dĂ©clinante au Japon et de ruralitĂ© persistante au Cambodge, la situation des insectes est bien diffĂ©rente en ThaĂŻlande. L’insecte appartient bien Ă leur passĂ©, mais aussi Ă leur prĂ©sent et surtout Ă leur futur. Une certaine « modernisation » des pratiques entomocoles en rĂ©sulte : on vous en parle dans cet article.
D’autres pratiques de rĂ©colte
Comme partout ailleurs dans le monde, en ThaĂŻlande, la rĂ©colte des insectes s’effectue traditionnellement dans le milieu naturel. C’est en train de changer.
Nous avons eu la chance de participer Ă trois visites d’exploitations agricoles organisĂ©es pour nous par l’AFFIA. Ce que nous avons appris durant ces visites constitue la matiĂšre de nos trois prĂ©cĂ©dents articles (que nous vous proposons de lire si ce n’est pas dĂ©jĂ fait) :
- Un Ă©levage de grillons dans l’Isan (nord-est de la ThaĂŻlande)
- Un élevage de fourmis du cÎté de Phitsanulok (ouest de la Thaïlande)
- Un élevage de vers de palme vers Surat Thani (sud de la Thaïlande)
L’Ă©levage fournit un revenu plus rĂ©gulier que la rĂ©colte des insectes dans la nature. Au lieu d’abandonner la consommation d’insectes Ă mesure de l’exode rural, les agriculteurs thaĂŻlandais ont trouvĂ© un moyen de l’intĂ©grer dans le futur du pays, ce qui est plutĂŽt une trĂšs bonne nouvelle.
Autre changement dans les pratiques : une grande partie des insectes trouvĂ©s sur les marchĂ©s sont importĂ©s de deux pays voisins, le Laos et le Cambodge, qui ont encore une grande population rurale et des insectes sauvages Ă revendre. C’est techniquement une forme de modernisation des pratiques, mĂȘme si elle repose sur un dĂ©sĂ©quilibre de dĂ©veloppement entre la ThaĂŻlande et ses voisins.

Il faut bien remplir ces Ă©tals qu’on trouve partout malgrĂ© l’exode rural.
D’autres pratiques de consommation
L’insecte sud-est-asiatique est un insecte frit, c’est pour le moment la rĂšgle et elle semble convenir Ă la demande gastronomique locale.

Dans ce congélateur : des vers à soie, des vers de palme et des criquets !
Mais il n’est plus forcĂ©ment frit tout juste capturĂ©. Tous les Ă©levages que nous avons visitĂ©s pratiquent la congĂ©lation comme mĂ©thode de conservation des insectes, et ils ne sont clairement pas les seuls puisqu’on peut trouver des insectes congelĂ©s dans une grande chaĂźne de supermarchĂ©s thaĂŻlandais, Makro (l’Ă©quivalent des magasins français MĂ©tro)1.

« La premiĂšre expĂ©rience de fine cuisine aux insectes comestibles thaĂŻlandaise », rien que ça.
Un autre changement est l’apparition de « haute cuisine » aux insectes. Il paraĂźt que les insectes sont bons pour la santĂ©, mais la friture, elle, tout le monde le sait, ne l’est pas. Pour « rĂ©habiliter » l’ingrĂ©dient traditionnel, certains restaurants changent le mode de prĂ©paration. Ainsi l’Ă©tablissement Insects in the Backyard, situĂ© Ă Bangkok et cofondĂ© par un français, offre-t-il des plats haut-de-gamme qui vont Ă l’encontre de la vision thaĂŻlandaise de l’insecte comme un « plat de pauvre »2.
D’autres pratiques de R&D
La ThaĂŻlande possĂšde un certain nombre de centres de formation agricoles, officieux ou officiels, patronnĂ©s par les projets de dĂ©veloppement de l’ancien roi ou de ceux de l’ancienne reine. Ces structures ne sont en rien spĂ©cifiques aux insectes, mais les insectes n’en sont pas exclus ! Il y a donc une volontĂ© de garder les insectes sur le menu thaĂŻlandais, et pas de les sacrifier Ă une modernitĂ© calquĂ©e sur l’occident.

Si vous avez dĂ©jĂ travaillĂ© dans un laboratoire de recherche, vous vous dites peut-ĂȘtre que celui-ci est beaucoup trop bien rangĂ© pour ĂȘtre vrai. C’est pourquoi nous tenions Ă prĂ©ciser en lĂ©gende que l’Ă©quipe a passĂ© trois jours Ă ranger pour que ce soit plus joli Ă la camĂ©ra.
En plus des centres de formation, nous avons aussi visitĂ© le laboratoire du docteur Chantawannakul de l’universitĂ© des sciences de Chiang Mai. Cette rencontre nous a Ă©tĂ© proposĂ©e par un de ses stagiaires français, JĂ©rĂ©my Guillaume, parce que ce laboratoire travaille sur les propriĂ©tĂ©s des insectes comestibles et de leurs produits (comme par exemple le miel). Le but : en partie d’Ă©tablir le profil nutritionnel, mais aussi et surtout de voir si les insectes n’ont pas des propriĂ©tĂ©s pharmaceutiques ou cosmĂ©tiques.
Donc non seulement la production et la consommation d’insectes ne sont pas parties pour s’arrĂȘter, mais en plus les universitĂ©s pratiquent de la recherche fondamentale Ă domicile.
Alors, la ThaĂŻlande est-elle le paradis des insectes ? Est-elle un modĂšle Ă suivre ?
La ThaĂŻlande est incroyable mais il y a un « mais »
Pour rĂ©pondre Ă la partie « paradis de insectes », l’entomoculture se porte globalement bien en ThaĂŻlande. Ă moins d’un bouleversement culturel dans les prochaies annĂ©es, elle devrait continuer Ă bien se porter.
Pour rĂ©pondre Ă la partie « modĂšle Ă suivre », en tout cas pour l’Occident, il y a une diffĂ©rence fondamentale qui nous paraĂźt compromettre le succĂšs d’une copie du modĂšle thaĂŻlandais. Cette diffĂ©rence, c’est la demande des consommateurs.
Le moteur Ă l’origine du dynamisme de l’entomoculture en ThaĂŻlande, ce sont les populations rurales qui apprĂ©cient, rĂ©clament, Ă©lĂšvent et distribuent les insectes comestibles pour elles-mĂȘmes et, marginalement, pour une fraction des « bourgeois bohĂȘmes » et quelques touristes. Il n’y a jamais eu besoin d’avancer des arguments nutritionnels, Ă©cologiques ou gastronomiques pour que les thaĂŻlandais apprĂ©cient de manger des insectes.
Ce n’est donc pas ici que nous trouverons les clĂ©s pour convaincre des gens de manger des aliments qu’ils ne considĂšrent pas comme comestibles !
Toujours est-il que nous avons quittĂ© la ThaĂŻlande avec le plaisir de savoir que l’entomoculture s’y porte bien, et c’est dĂ©jĂ beaucoup.
Cet article sera notre dernier sur l’entomoculture thaĂŻlandaise. Nous vous en reparlerons dans le documentaire des Criquets Migrateurs qui devrait sortir dans moins d’un an. D’ici lĂ portez-vous bien, nous vous retrouverons bientĂŽt pour des articles sur l’entomoculture en Australie.
1 DĂ©tail amusant, on trouve ces sacs d’insectes congelĂ©s au rayon « Game meat » (« Venaison »), y compris des insectes Ă©levĂ©s comme les vers Ă soie.
2 Ce qu’il est fondamentalement. Pas que ce soit une mauvaise chose – les insectes n’en sont pas moins bons – mais ça fait de la consommation d’insectes un marqueur de classe sociale. Pas que ce soit une mauvaise chose non plus – aprĂšs tout, ça en fait plus pour les pauvres.

Bonjour a vous svp je veux savoir si je peut suivre une formation avec vous sur comment fabrique l’aliment des ver blanc?
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Bonjour, malheureusement nous ne sommes pas en mesure de proposer des formations. Bon courage dans votre projet !
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