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[Thaïlande 🇹🇭] Charançons de la gloire

Après un élevage de grillons à peu près végétariens et un autre de fourmis définitivement insectivores, nous avons visité un élevage d’une autre espèce qui, elle, mange quelque chose qu’on ne pourrait pas manger à sa place : le charançon dont les larves sont appelées vers de palme et dévorent du bois.


Charançon dans la mainDes charançons rouges des palmiers, bestioles dont les couleurs sont naturellement l’orange et le noir, pondent leurs oeufs dans des espèces de palmiers qui poussent au bord des rivières de la région de Surat Thani.

En éclosent de grosses larves appelées vers de palme, qui mangent l’intérieur du tronc jusqu’à se métamorphoser en charançons rouges prêts à se reproduire pour redémarrer le cycle.

Vers

Traditionnellement, ces larves sont collectées dans la nature ; plus récemment, des agriculteurs ont commencé à les élever.


L’élevage

Nous avons visité l’élevage de New et Sang, deux agriculteurs de la région de Surat Thani qui ont développé avec les vers de palme une nouvelle activité pour leur exploitation jusque là basée sur le caoutchouc et le durian, deux produits dont les prix ont chuté ces dernières années.

Est-ce qu’élever des larves qui vivent dans des troncs d’arbres est compliqué ? Pas tellement.

La ferme utilise un ensemble de bassines empilables comme habitat pour les vers de palme. Puisqu’à l’état naturel les larves ne vivent pas à l’air libre et ne voyagent pas, ce petit espace sans lumière semble leur convenir.

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Ensemble de bassines empilées. Chacune contient environ 200 larves issus de la ponte de 5 femelles.

Chacune de ces petites bassines est remplie de petits tronçons de palmiers locaux, leur nourriture à l’état sauvage à laquelle rien n’est ajouté. Un arbre entier coûte 300 baht (environ 8 euros) et permet de lancer environ un millier de bassines.

On ne touche au panier que deux fois au cours du cycle de vie des charançons, la première pour le lancer avec des charançons adultes et un stock de nourriture, la deuxième pour renouveler le stock de nourriture au bout d’une vingtaine de jours. Ce qui fait que les larves vivent assez vite dans un milieu de… nourriture transformée.

Ajoutons à ça que chaque panier est un petit batch séparé qui peut être lancé indépendamment des autres, ce qui est pratique pour décaler la production ! C’est un mode d’élevage plutôt inédit pour nous par la petite taille de chaque unité.

La technique fait des émules ! Une partie des revenus de l’exploitation vient de la vente des charançons adultes pour le démarrage d’autres fermes, chaque couple étant vendu 10 baht (environ 30 centimes d’euros) quand un kilo de larves est vendu 200 baht (un peu plus de 5 euros).

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Adultes consignés dans une bassine dont ils ne ressortiront qu’après la ponte. Lancer un batch est aussi simple que ça !

La ferme produisant en plus de ça un peu plus de dix kilos de larves par jour, les affaires se portent bien !


Gastronomie, écologie et diététique

Le ver de palme, larve du charançon rouge des palmiers, héberge des bactéries dans son système digestif qui lui digèrent le bois en sucre avant qu’il ne transforme ce sucre en graisse.

Il y a plusieurs conséquences à tout ça.

Le ver de palme est plutôt riche en calories qu’en goût. C’est du beurre, de la crème, du foie gras, ce genre de goût et de texture. Il est gras, gras et encore gras, ce qui convient à une larve qui accumule des réserves d’énergie pour se transformer en insecte adulte (la métamorphose est un processus qui demande une certaine endurance).

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GRAS.

Par chance, ce gras est surtout du « bon gras », celui qui ne fait pas exploser le cholestérol. Il n’en reste pas moins que sur le plan des calories, 100 grammes de vers de palme ne sont pas équivalents à 100 grammes de steak haché. Tout comme 100 grammes de criquets en fait ; « remplacer la viande par des insectes » n’est pas aussi facile.

Les bactéries intestinales du ver de palme transforment le bois en sucre en créant du méthane au passage. Le méthane est un de ces gaz à effet de serre qui font que l’élevage animal en général est pointé du doigt comme source du dérèglement climatique ; l’élevage d’insectes est parfois vendu comme une alternative clean à l’élevage de mammifères sur ce plan-là.

Néanmoins, le ver de palme crée plus de méthane que le grillon mais toujours moins que la vache, ce qui serait toujours ça de gagné dans le scénario hypothétique et improbable où tous les élevages de vaches seraient remplacés par des élevages de vers de palme.

Il y a autre chose que je voulais mettre en avant dans cet article, c’est que le ver de palme mange du bois, une ressource que nous, humains, ne pouvons pas manger. Nous ne serions donc pas en concurrence ! N’est-ce pas formidable ?

… C’était avant de découvrir que les sagoutiers, dont se nourrissent les charançons, sont parfaitement comestibles quand ils sont préparés de la bonne façon. C’était trop beau pour être vrai.

Au moins, c’est un végétal qui pousse vite.


En conclusion

Encore une fois, on a un exemple de culture des insectes qui fonctionne économiquement et qui a arrêté la chasse ou la cueillette des insectes dans le milieu naturel. Tout a l’air de bien se passer, et on est très contents pour l’économie locale et les producteurs.

Mais la modernisation de l’entomoculture en Thaïlande ne passe pas que par la transition de la chasse à l’élevage : on vous en parlera dans un prochain article.

 

2 réflexions sur “[Thaïlande 🇹🇭] Charançons de la gloire

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