Nos guides nous ont conduits dans la rĂ©gion de Bikita pour en apprendre plus sur les insectes comestibles. Nous sommes partis en chasse d’ingrĂ©dients dĂ©licieux mais mal aimĂ©s : des grillons qui, par ce temps sec pour la saison, restaient cachĂ©s dans leurs terriers. Francesca Chapwanya, notre hĂŽtesse, nous a montrĂ© comment les en dĂ©loger.
Chasse aux grillons
Comme souvent avec les animaux enterrés, leur détection est une affaire de trous.

Les grillons vivent en groupes divers Ă l’intĂ©rieur de la terre. Insectes cĂ©libataires, en couple ou en arrangement polygyne (les mĂąles se battant entre eux, ils ne partagent pas leur vie), chaque terrier dĂ©couvert est une nouvelle pochette-surprise ! Nous avons trouvĂ© des terriers avec un, deux ou une demi-douzaine de grillons Ă chaque nouvelle ouverture.

Sol creusĂ© laissant apparaĂźtre la petite tĂȘte d’un grillon mĂąle dans son trou.
Les grillons femelles se laissent Ă peu prĂšs faire ; les mĂąles, eux, dĂ©fendent chĂšrement leur vie. Leur posture de combat sur le dos leur permet d’accĂ©der facilement Ă la chair de leurs agresseurs et de leur apprendre la politesse Ă l’aide de leur Ă©norme mandibule.

Grillon en position de défense, mandibules armées
Notre hĂŽtesse utilise une technique au bĂąton furieusement similaire Ă celle de M. Wai qui nous avait emmenĂ©s Ă la chasse Ă la mygale au Cambodge pour immobiliser l’animal ; nouvel Ă©cho du Cambodge dans sa maniĂšre d’Ă©craser la mandibule du grillon mĂąle sur sa bĂȘche (celle du grillon femelle est assez fragile pour ĂȘtre cassĂ©e Ă la main).
Direction la cuisine
Les grillons demandent une préparation attentive.
Retirer les intestins des animaux est une corvĂ©e dans toutes les prĂ©parations culinaires ; dans notre article prĂ©cĂ©dent, on vous parlait des Mutedzi qui ont trouvĂ© le moyen de se l’Ă©pargner en attendant que les chenilles mopanes arrĂȘtent naturellement de se nourrir.

Vidage des grillons
Les grillons ne font pas ça, donc on n’y coupe pas. Et c’est lĂ qu’on remarque que leur abdomen est rempli de sable tirĂ© de leur alimentation terreuse. Notre hĂŽtesse retire aussi leurs pattes, trĂšs dures et peu digestes.
AprĂšs deux rinçages pour bien retirer tout le sable suit la mĂ©thode de cuisson traditionnelle pour tous les insectes : on fait bouillir (avec un peu de sel), on laisse Ă©vaporer l’eau, on poĂȘle le reste (avec un peu d’huile).

Cuisson des grillons
Le résultat est un insecte au goût vraiment intéressant, un peu amer, un peu ferreux, un goût qui rappelle les bons cÎtés de la terre en quelque sorte. Avec une part de sadza et un légume sur le cÎté, on a là un repas complet.

L’offre et la demande
Au cours de notre visite, madame Chapwanya nous apprend quelque chose sur le marchĂ© des insectes : que leur valeur ne dĂ©pend pas de la quantitĂ© de travail nĂ©cessaire pour les attraper et les prĂ©parer, mais de ce que les gens sont prĂȘts Ă payer pour les manger.
Ainsi, vingt litres de punaises, l’insecte phare de la rĂ©gion, se vendent pour 60$. Vingt litres de termites se nĂ©gocient Ă 50$. Quant aux grillons qui nous intĂ©ressent, ils sont achetĂ©s pour 1$ les deux « cups », soit environ 40$ les vingt litres.
Pourquoi ce dĂ©samour ? Peut-ĂȘtre Ă cause de la difficultĂ© Ă les prĂ©parer, ou parce qu’il n’y a pas d’attache trĂšs forte Ă ce produit, vu comme un complĂ©ment de protĂ©ines et/ou de revenu occasionnel (l’occasion Ă©tant meilleure aprĂšs la pluie quand ils sortent d’eux-mĂȘmes) et pas comme une denrĂ©e gourmette.
Cet insecte pourtant chassĂ© se trouve peut-ĂȘtre alors Ă l’abri de la surexploitation car peu prisĂ© !

2 réflexions sur “[Zimbabwe đżđŒ] Grillons, fruits de terre de Bikita”